© Sial Paris
Alors que la prochaine édition du SIAL Paris devrait décrocher un nouveau record de participation, Audrey Ashworth alerte sur le recul de la représentativité française sur le salon, dans un contexte de concurrence internationale accrue. Secteur historiquement fort, le surgelé n’échappe pas au phénomène. La directrice du salon évoque de nouveaux dispositifs de soutien à destination des PME françaises.

 
 
 

LMDS : Vous alertez aujourd’hui sur un recul de la représentativité française au SIAL Paris. À quel point ?

 

Audrey Ashworth : La France reste une grande puissance agroalimentaire, mais sa visibilité relative recule sur la scène internationale, et cela se traduit très concrètement sur le SIAL. En 2024, pour la première fois, la France a été dépassée par l’Italie en nombre d’exposants. Et à ce stade de commercialisation pour l’édition 2026, elle se situe encore  derrière l’Italie et au coude à coude avec l’Espagne et la Turquie.

 

Ce n’est pas un décrochage brutal, mais un signal clair : d’autres pays investissent davantage, structurent leurs filières et accompagnent leurs entreprises avec beaucoup plus de constance et de moyens.

 


LMDS : Comment expliquez-vous cette évolution ? Est-ce un problème de compétitivité ou d’organisation ?

 

A.A. : C’est avant tout une question de dynamique collective. À l’international, nous voyons des stratégies extrêmement coordonnées : certains pays financent massivement la présence de leurs entreprises, proposent des dispositifs d’accompagnement très structurés, voire intègrent l’alimentaire dans une véritable stratégie de soft power.

 

En France, nous avons tous les atouts — qualité des produits, savoir-faire, capacité d’innovation — mais nous avons parfois plus de difficulté à nous mobiliser collectivement. Or, dans un contexte où la démographie française ralentit, où les marchés domestiques se stabilisent et où la concurrence s’intensifie, l’export ne peut plus être considéré comme secondaire.

 

LMDS : Ce repli de la représentativité française, vous l’observez également sur les surgelés, un secteur historiquement très représenté au SIAL ?

 

A.A. : Le secteur des surgelés reste en effet bien orienté sur le salon. Entre 2022 et 2024, les surfaces d’exposition consacrées à ces produits ont progressé de 24 % à l’échelle internationale, confirmant son attractivité et son dynamisme. Mais là aussi, la présence française recule, avec une baisse de 12 %. Il y a donc une forme de paradoxe : d’un côté, le surgelé, particulièrement adapté à l’export, s’affirme, mais la France y perd du terrain en visibilité relative.

 

Cela montre que même des filières historiquement fortes dans l’agroalimentaire français, comme celle du surgelé — portée par des savoir-faire reconnus à l’international — ne sont pas à l’abri d’un décrochage, faute d’une mobilisation suffisante face à des concurrents de plus en plus offensifs.

 

 « Le surgelé s’affirme à l’export, mais la France y perd du terrain »
 

 

LMDS : Comment faire évoluer les choses concrètement ?

 

A.A. : Il faut d’abord une prise de conscience collective : la France ne peut plus considérer l’export comme une option. Cela suppose de mieux structurer les filières, d’accompagner davantage les entreprises et de renforcer les dispositifs existants.

 

Mais il faut aussi faciliter le passage à l’action. Beaucoup d’entreprises ont les capacités, mais n’osent pas toujours franchir le cap, notamment pour des raisons de coût, de visibilité ou de complexité. L’enjeu est donc de lever ces freins de manière très opérationnelle.​​​​

 

LMDS : Quel rôle peut jouer le SIAL Paris dans cette dynamique ?

 

A.A. : Le SIAL joue un rôle de vitrine stratégique : il donne de la visibilité aux entreprises françaises dans un environnement très concurrentiel, où la présence sur un salon international reste un levier clé pour accéder aux marchés.

 

C’est aussi un accélérateur de business, à condition de s’approprier pleinement les outils mis à disposition des exposants. Nous avons par exemple renforcé nos dispositifs de mise en relation, avec des solutions permettant d’organiser des rendez-vous ciblés entre exposants et acheteurs. L'objectif est de créer des opportunités concrètes en complément de la seule présence sur le salon.​​​​​

 

LMDS : Justement, pour les PME et ETI, le coût d’accès à ce type de salon est un frein. Comment y répondre ?

 

A.A. : Je conviens que c'est un investissement et nous mettons tout en œuvre pour accompagner et conseiller les entreprises. Notre objectif est d'être porteur de valeur ajoutée et leur permettre de rentabiliser ce dernier. En parallèle, et pour la première fois, nous mettons en place une offre de stands « clé en main » de 9 m², spécifiquement destinée aux entreprises françaises qui souhaitent se lancer à l’international. Ce dispositif, développé en partenariat avec Business France et l’ANIA, prend la forme d’espaces collectifs implantés au cœur de six secteurs du salon. Il permet à des entreprises qui ne se seraient pas forcément positionnées au départ de bénéficier d’une présence à moindre coût, dans des conditions optimales de visibilité.

 

Au total, 64 places sont proposées sur l’ensemble du salon. L’objectif est clair : permettre à davantage d’entreprises françaises, notamment des PME et des ETI, de franchir le pas et de tester leur potentiel à l’export dans un cadre sécurisé.

 

Propos recueillis par JFA

 
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SIAL PARIS 2026 : les Français déjà inscrits en surgelé

 

Aperçu des entreprises actives sur le marché du surgelé, inscrites à l'édition 2026 (liste arrêtée au 23 mars 2026)

 

AGRIFREEZ - ALFAGEL - BONCOLAC - BRIDOR S.A.S. - DESCOURS GROUPE - ERHARD PATISSIER GLACIER - EUROSOURCING - FOURNEO - FRANCE MACARON - FRUITS ROUGES & CO. - GELPASS - GRAIN D'OR GEL / NOVEPAN - GRAND PORT MARITIME DE DUNKERQUE - INDULGENT MOMENTS - LA SAVOUREUSE - LORAGRO - MAISON MENISSEZ SA - MCCAIN FOODS EUROPE - MIX BUFFET - NOSSA FRUITS - NOVA SOURCES - PASQUIER SAS - PLANETE PAIN - POLARIS MEETINGS - SOLE MIO - URSCHEL INTERNATIONAL LIMITED