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Un audit de la Commission européenne pointe des défaillances significatives dans le contrôle des volailles et produits avicoles exportés par la Thaïlande vers l’Union européenne. Un constat loin d’être anecdotique au regard du poids du pays dans les approvisionnements européens.

La Commission européenne vient de mettre en lumière plusieurs failles dans le dispositif encadrant les exportations thaïlandaises de volaille vers l’Union européenne. Mené du 4 au 23 juin 2026 par la Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (DG SANTE), l’audit portait sur l’ensemble de la chaîne de production et sur la capacité du système de contrôle thaïlandais à garantir le respect des exigences européennes.

Le rapport ne remet toutefois pas en cause l’ensemble du dispositif. La Commission juge le cadre juridique et administratif globalement adéquat, les autorités compétentes bien organisées et les contrôles officiels systématiques. Elle estime néanmoins que les garanties apportées par les certificats sanitaires accompagnant les exportations sont fragilisées par des défaillances « significatives et systémiques ». Sont notamment visés les contrôles des procédures HACCP et de l’eau, la traçabilité, la séparation entre produits éligibles et non éligibles au marché européen ainsi que les inspections vétérinaires dans les abattoirs. 

Des produits non éligibles dans la chaîne UE

Parmi les constats les plus significatifs, les auditeurs relèvent le cas de deux établissements de transformation utilisant des viandes provenant de plusieurs fournisseurs, certains agréés pour l’UE et d’autres non. Les matières premières n’y étaient pas séparées selon la destination des produits finis. Les entreprises n’étaient dès lors pas en mesure de démontrer que les produits destinés à l’Union avaient été exclusivement fabriqués avec des viandes provenant d’établissements agréés.

Dans l’un de ces établissements, les auditeurs ont même constaté que des produits de volaille destinés à l’UE avaient été fabriqués à partir de viande hachée provenant d’un établissement non autorisé à fournir cette matière première pour l’exportation vers le marché européen. 

D’autres dysfonctionnements ont été relevés dans les abattoirs, où des volailles pouvaient notamment commencer à être abattues avant la réalisation d’un examen clinique requis sur leur lot. La gestion des contaminations fécales est également pointée dans le rapport. 

La Thaïlande, poids lourd des produits transformés

Ces constats prennent une dimension particulière au regard de la place occupée par la Thaïlande dans les approvisionnements européens. Les chiffres communiqués par les autorités thaïlandaises aux auditeurs font état de plus de 182 000 tonnes de produits avicoles exportées vers l’UE en 2025, contre environ 166 000 tonnes en 2024, soit une progression proche de 10 % en un an. 

Surtout, la viande brute ne représente qu’une petite partie de ces flux. En 2025, la Thaïlande a expédié vers l’Union plus de 74 000 tonnes de préparations de viande de volaille et 99 000 tonnes de produits à base de viande de volaille. Ces deux catégories concentrent ainsi près de 95 % des volumes déclarés. La Commission classe d’ailleurs le pays, avec le Brésil et l’Ukraine, parmi les principaux fournisseurs de l’UE en produits avicoles à forte valeur ajoutée, notamment les blancs et les préparations.

ANVOL réclame une suspension

À la suite de la publication de l’audit, l’interprofession de la volaille de chair a demandé aux institutions européennes de suspendre les importations de volailles thaïlandaises « tant que la conformité totale du système de contrôle thaïlandais n’est pas démontrée ». L’interprofession française demande également à la Commission de préciser les critères conduisant à l’application de mesures de précaution et s’oppose à l’ouverture de nouveaux contingents tarifaires préférentiels pour les produits avicoles thaïlandais. 

Cette prise de position intervient dans le contexte des négociations commerciales entre l’Union européenne et la Thaïlande. De son côté, la Commission formule huit recommandations aux autorités thaïlandaises afin de corriger les insuffisances constatées, notamment en matière de contrôles, de traçabilité, de certification et de suivi des alertes sanitaires.

Le rapport est consultable ici