Moins de deux ans après un premier rapport qui dressait le portrait économique des 3 000 PME et ETI de l’alimentation, Pact’Alim communique sur une nouvelle étude menée avec le cabinet Roland Berger. Celle-ci confirme la dégradation de leur situation et alerte sur un possible “décrochage industriel”. Ces entreprises, qui représentent 62 % de l’emploi et 55 % du chiffre d’affaires de l’industrie agroalimentaire (soit 129 milliards d’euros et 292 000 salariés), constituent le premier débouché de l’agriculture, en transformant plus de la moitié des productions nationales.
Mais leur rentabilité continue à s’éroder sur le long terme, comme le souligne le rapport. En effet, depuis 2010, l’écart de marge d’exploitation entre le secteur de l’agroalimentaire et l’ensemble de l’industrie manufacturière s’est creusé de 50 %. Selon les projections, la rentabilité moyenne du secteur pourrait passer sous la barre des 5 % à l’horizon 2030-2035, un seuil jugé critique pour l’investissement. En cause principale, l’état vieillissant des outils industriels, sachant que l’âge moyen des équipements atteint 23 ans chez les PME (en comparaison, il s’établit à 19 ans pour l’ensemble des industries manufacturières françaises, quand cette moyenne tombe à 9 ans chez nos voisins d’outre-Rhin). Le rapport chiffre entre 6 à 8 millions d’euros par entreprise les besoins de modernisation, soit un niveau qui serait dix fois supérieur aux investissements moyens actuels.
Un mur d’investissements à franchir
Face à cette équation jugée « intenable » pour une grande partie des PME et ETI, Pact’Alim plaide pour une mobilisation urgente des financements afin d’éviter une perte de capacité de transformation en France. L’association estime qu’un recul compromettrait à la fois la compétitivité, les débouchés agricoles et la souveraineté alimentaire.
Concrètement, l’étude propose trois axes d’action possibles : réorienter les financements existants, créer des outils financiers adaptés (prêts garantis, avances remboursables, obligations subordonnées…) et développer un programme d’accompagnement spécifique aux entreprises agroalimentaires, sur le modèle des dispositifs “Accélérateur PME”. Ces leviers, précise Pact’Alim, s’inscrivent dans un cadre budgétaire constant : il s’agirait de mieux cibler les moyens publics déjà disponibles pour la modernisation et la décarbonation des sites industriels.
Un appel à rééquilibrer les relations commerciales
Pact’Alim souligne enfin que la fragilité des PME agroalimentaires tient aussi à des rapports de force « défavorables avec la grande distribution ». Dans ce sens, l’organisation appelle à une réforme du cadre des négociations commerciales. Notamment un renforcement des contrôles des lois Egalim, l’exclusion des PME des négociations en centrales d’achat internationales, et la mise en place de mécanismes automatiques de révision des prix.